24
août

Bleu d’enfer

Film américain de John Stockwell. 2006.

Admettons-le tout de suite, Bleu d’enfer n’est pas un film qui restera dans les mémoires. Intrigue minimaliste, dialogue écrit sous somnifère, personnages caricaturaux à souhait, réalisation clipesque… L’atome de plaisir qui peut subsister à la vision de ce métrage ressemblant à tant d’autres n’est dû qu’à la présence de paysages exotiques féeriques et à la plastique de son actrice principale, Jessica Alba. Passons donc sur un scénario qui ne surprendra que quelques moines reclus dans un monastère ardéchois, sur l’aventure d’un jeune marin idéaliste luttant contre ses démons pour s’emparer d’une cargaison de cocaïne perdue au fonde de l’océan, pour nous rappeler quelques instants ces plans divins ou apparaissait la belle américaine nageant dans une eau turquoise magnifiquement éclairée. Si un masque et un tuba pouvait sobrement défigurer ce doux visage à la peau mate, le minuscule bikini qui peinait à envelopper quelques bouts de ce corps sculpté dans la somptuosité parvenait, lui, à déifier une poignées de secondes d’un film dont le destin conduisait au seul ennui. Encore une fois, faisons preuve d’honnêteté : le soutien-gorge bleu azur qui composait le contingent supérieur du maillot de bain ne fut l’objet d’aucune attention non plus. Seul la culotte dépareillée, dont nul ne parvient à distinguer la couleur originelle des rayures, fut l’objet de toutes les attentions. L’Alba (et l’oméga) étant pourtant dotée d’un fessier de taille minimale, l’accessoiriste libidineux est pourtant parvenu à lui dénicher un vêtement d’une dimension encore inférieure, obligeant le bienheureux tissu à introduire une partie de sa surface à l’intérieure de la séparation fessière, laissant ainsi le bas des deux parties distinctes de la lune s’affranchir de leur couverture, caressant ainsi les flots et les yeux du spectateur de leur douceur. La nage se métamorphose alors instantanément en une douce chorégraphie silencieuse, que la musique stéréotypée utilisée par le réalisateur ne parvient guère à couvrir. Les occasions pour Jessica de goûter aux joies du naturisme de dos ont beaux avoir été légion, jamais l’actrice n’a daigné se séparer de cet accoutument, certes charmant, mais somme toute frustrant. Dans Bleu d’enfer comme dans le reste de sa filmographie, les fesses de Jessica restent donc un mythe que beaucoup approchent mais que nul ne parvient à percevoir dans son intégralité. Existent-elles réellement ?  L’esquisse qu’elles nous ont offert durant leur ballet marin tenterait de le prouver. La foi demeure. Quel réalisateur offrira à la croupe le rôle de sa vie ?

 

 

 

Oeil de faucon

24
août

Backstage

Film français de Emmanuelle Bercot. 2005.

Isild le Besco est ce que l’on appelle une jeune femme dévouée. Elle ne rechigne jamais à dévoiler l’envers de son décor, alors que le décor lui-même suffirait amplement à imposer son talent. Les mauvaises langues affirment qu’elle s’exprime suffisamment bas pour masquer la mauvaise qualité du texte ? Les mauvaises langues devraient être autorisées à parler moins fort car elles ne laissent en l’état des choses, elles, aucun doute sur la médiocrité de leur jugement. Donc Isild le Besco a du talent, disais-je. De plus, elle le manifeste dans des œuvres dont l’absence de diffusion sur TF1 représente également un gage de qualité. Dans Backstage, elle interprète une jouvencelle plus jeune qu’elle à l’état civil mais tout aussi énigmatique. Vouant un culte inconsidéré à une chanteuse de variétés, ersatz de Mylène Farmer, elle trompe son ennui dans une petite ville du Nord. Par le biais d’une émission télévisée type « Tonidolevientcheztoicélamagiecapitaliste », elle rencontre l’icône moderne en question. Mais comme servir de chaire à pâté pour des millions de téléspectateurs ne suffit pas à son bonheur, elle s’enfuit de chez elle pour traquer la chanteuse qui, de son côté, trompe son ennui dans le luxe d’un grand hôtel parisien. Après quelques complications, les deux femmes engagent une relation ambiguë et malsaine qui laissera des blessures dans l’âme de chacune d’elles. Isild trouve évidemment plusieurs occasions de se déshabiller et démontre que sa face B vaut bien toutes les premières faces des disques de la fausse Mylène.

 

 

Oeil de faucon

24
août

Les babas cool ou Quand tu seras débloqué fais-moi signe

Film français de François Leterrier. 1981.

Commercial itinérant égaré sur les routes du sud de la France, Christian Clavier tombe sous le charme de Marie-Anne Chazel, hippie vivant sa libre sexualité dans une communauté paysanne. A l’occasion de vacances célibataires forcées, il quitte momentanément son univers petit bourgeois pour aller affronter les dures lois d’une société alternative. Cette œuvre transcendante sur l’aliénation consumériste illustre, par la satire, l’idéologie prônée par l’International situationniste et divers cercles conseillistes. Parfois quelque peu obscure par son propos, elle n’est recommandé qu’à un public universitaire familier des œuvres de Guy Debord et d’Asger Jorn. Les autres, novices en la matière, devront se contenter des apparitions des fesses de Marie-Anne Chazel et de quelques unes de leurs congénères. 

Oeil de faucon

24
août

L’avventura

Film italien de Michelangelo Antonioni. 1960.

Lors de sa présentation au festival de Cannes de 1960, L’Avventura fut copieusement sifflé par la salle. Bien que par nature assez allergique aux admonestations envers une œuvre cinématographiques de la part d’une assistance de haut-bourgeois conformistes et prétentieux à qui il serait judicieux de trancher la tête, j’ai longtemps adhéré à cette sanction éthique envers un film, certes envoûtant, mais qui avait trahi ses plus belles promesses. Je découvris récemment que la caution morale que j’accordais à ce mépris éphémère du petit monde du cinéma relevait d’un quiproquo. Pour ma part, j’estimais que l’Avventura méritait d’affronter les flammes de l’enfer car la plus célèbre photo d’exploitation du film (qui sera choisie pour illustrer le 62ème festival de Cannes) reprenait un plan issu du métrage, où l’on voyait la magnifique Monica Vitti, de dos en contre-jour dans l’embrasure d’une fenêtre. L’actrice n’y était certes pas nue, mais portait une robe noire rendant parfaitement hommage à ses courbes. Avec une telle affiche, était-il possible que l’œuvre elle-même ne dévoile pas un peu plus de cette mystérieuse beauté ? Montrer la dame de dos symbolisait un préliminaire sensoriel, mais la conclusion cinématographique se devait de pousser plus loin l’expérience artistique. Il n’était pas concevable qu’après une telle invitation, le cinéphile ne puisse plonger pleinement dans le trouble charnel qu’aurait provoqué le bruit de la robe noire tombant sur le plancher. De même, le public présent dans la salle ne pouvait croire que le maître Antonioni oserait se renier à ce point. Au cinéma, comme ailleurs, il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour. Et ses preuves, les spectateurs étaient en droit de les attendre du cinéaste. Ainsi, si j’avais  été présent lors de cette projection (encore eût-il fallu que je sois né), moi aussi je n’aurais eu d’autre choix que d’exprimer ma colère par des cris, des crachats ou des coups envers mon voisin de siège endimanché. Car la révolte peut être salutaire lorsqu’elle vise à réprimer une flagrante injustice, lorsqu’elle revendique un droit humaniste, lorsqu’elle cherche à combattre l’infamie. Et des plus grands, nous, petit peuple avide de sensations, nous sommes en droit d’attendre les plus belles choses. Monica Vitti en noir et blanc, sur un rocher, dans un bateau, oui ! Mais Monica Vitti sans cesse embrigadée dans des étoffes qui ne demandent qu’à s’extraire du paysage, c’est se moquer du monde ! Pourquoi ne pas voiler Mona Lisa ?  Pourquoi ne pas repeindre en noir la chapelle Sixtine ? Pourquoi ne pas décrocher toutes les étoiles du ciel pour les remplacer par des affiches publicitaires ? De quel droit monsieur Antonioni a-t-il ainsi nié la perfection picturale de son œuvre en l’affublant d’obstruction  maléfique ?  Songer à ce blasphème, près de 50 ans plus tard, persiste à me mettre en rage. Les actes manqués peuvent trouver des explications psychanalytiques, mais le mépris du public ne se pardonne jamais. Michelangelo Antonioni laissera une tâche brunâtre sur sa filmographie. Comme le talent de Sacha Guitry restera sali par son manque de courage durant l’occupation, comme la gloire du maréchal Pétain a été rayée par Vichy, comme les livres de Foucault perdent de leur consistance par son soutien à la révolution islamique iranienne, comme le magnétisme de Marlon Brando a été atténué par une vieillesse tragique, eh bien le génie d’Antonioni conservera à jamais cette offense. Cela étant dit, j’ai récemment appris que les siffleurs de cette époque lointaine, qui sont pour la plupart morts et enterrés aujourd’hui, ne me rejoignaient guère sur ce terrain. Peut-être ignoraient-ils même l’affront qui m’a tant blessé. D’après les archives, ce que l’assemblée blâmait par ses vociférations n’était rien d’autre que la construction narrative du film, le nombre de ses plans-séquences ou encore l’absence d’éclaircissements sur l’intrigue. Navrant mais historiquement incontestable. J’ai également lu que suite aux huées, Michelangelo Antonioni et Monica Vitti seraient sortis de la projection en larmes. Cette anecdote m’a fait quelque peu réviser mon jugement antérieur. Il n’est finalement que justice que Monica Vitti n’ai pas montré ses fesses à cette assemblée ne malotrus indignes d’une telle vénusté. En revanche, je regrette amèrement qu’Antonioni ne leur aie montré son cul.

 

 

Oeil de faucon

 

24
août

Attache-moi !

Film espagnol de Pedro Almodovar. 1989.

Les lois physiques ne mentent jamais : d’un point de vu strictement cartésien, la probabilité qu’un homme de corpulence moyenne puisse résister à la force brute d’un Mike Tyson dopé par des substances qui rendraient enragé un bibliothécaire francilien apparaît quasi-nulle. Similairement, il est scientifiquement prouvé que ce même individu rencontrait une incapacité analogue pour venir à bout du charme ibérique de la pétillante Victoria Abril. Alors, lorsque Pédro Almodovar nous conte les mésaventures d’un Antonio Banderas simple d’esprit qui séquestre l’actrice objet de tous ses fantasmes, une nouvelle vérité objective s’impose : nous sommes tous des Antonio Banderas ! D’autant plus que Victoria ne minore guère les armes nucléaires pour nous faire succomber. Tout y est : le phrasé rapide, les colères fugaces entrecoupé d’un regard de biche battue et, surtout, la divulgation de l’intégralité de ses majestueuses courbes arrières, empreint d’une délectation qui risquerait de transformer le dernier défenseur de l’égalité des sexes en avocat de la femme objet. Ce bouleversement éthique, conséquence de la victoire de nos sens sur notre raison, ordonne une interrogation fondamentale : : perpétuons-nous ce crime contre l’humanité qu’est l’oppression de la femme en nous délectant du spectacle de la captivité de Victoria ? L’émoi provoqué chez le spectateur cautionne-t-il l’action d’un amoureux transit dont les sentiments ne sont suscités, non pas par l’âme de l’actrice, mais par le reflet de sa personne aperçu lors de métrages ne donnant la part belle qu’à son enveloppe charnelle ? Quelque peu, assurément. Et inutile de nous croire sauvés par la dernière partie de l’intrigue, où Victoria tombe amoureuse de son geôlier, s’offre à lui, devenant alors plus belle que jamais. Car cet aboutissement, purement cinématographique, ne doit en aucun cas nous laisser dans le doute : nous sommes bels et bien complices de la bête immonde masculine, de cette pulsion funeste qui s’empare de notre âme par le biais de la pellicule. A nos yeux, cette féline espagnole marchant à quatre pattes et se dévêtant pour notre pure lubricité n’est plus qu’un corps, une icône sensuelle et non un être pensant. Notre culpabilité ne fait plus aucun doute. Coupable nous sommes, condamnés nous devons être. Ce que nous méritons, c’est le sort infligé au personnage du réalisateur en début de film, qui s’extasiait en silence devant le spectacle de Victoria Abril de dos, se penchant pour ramasser un objet. Sentant un regard sur son postérieur, elle plante un poignard dans le cœur du goujat en glissant un cousin pour cacher ses fesses, mettant ainsi fin à un spectacle qui peut prendre, pour celui qui aime, une forme de survie existentielle. A cet instant, nous, spectateurs, étions aussi tous des réalisateurs voyeurs qui ne méritent pas d’assister à une fête à laquelle nous n’avions pas été préalablement invités. C’est finalement le paradoxe et la tragédie de l’amoureux des fesses féminines : lutter contre cette enclin à contempler cette splendeur corporelle sans sombrer dans la négation de l’humanité de son possesseur que cette enclin suggère. Morale de toute cette histoire ? Mécréant, il n’y a jamais de morale qui tienne dans un film d’Almodovar…

 

 

 

Oeil de faucon

06
août

Mon oncle Benjamin

Film franco-italien d’Edouard Molinaro. 1969.

Aussi bourgeois soi-il, cet oncle Benjamin n’en a pas moins offert ses lettres de noblesse à l’expression « jouer au docteur ». Sous les traits de Jacques Brel, ce médecin de campagne jouisseur et impertinent de la période pré-révolutionnaire n’a, semble-t-il, emprunté le serment d’Hippocrate que pour l’intention louable de déshabiller ces dames. Dès la première séquence du film, ne le retrouve-t-on pas à caresser l’extrême limite du dos d’une patiente et de lui conférer des soins par quelques caresses bien placées ? Mais son goût pour les appâts charnels n’a d’égal que son dégoût pour les convenances sociales. Coupable d’outrecuidance envers le marquis local, il se voit condamner à embrasser le fessier du seigneur en signe d’humiliation. Une offense dont il ne tardera pas à se venger par le biais d’un stratagème digne de Molière. Avant de mettre à exécution sa revanche, alors que la jeune et jolie épouse de son ennemi se trouve devant lui, il ne manque pas de lui rappeler cette évidence. La punition dont l’a contraint le marquis n’en était une que par le peu d’intérêt qu’il portait à son balourd derrière. « Mais si c’était sur vous, Madame, que j’avais exécuté ma sentence, j’en aurais pris bien du plaisir. »   

Oeil de faucon

05
août

Association de malfaiteurs

Film français de Claude Zidi. 1987.

A une époque reculée, que les historiens désignent sous le terme académique d’ « années 80 », les anciens élèves d’HEC étaient encore des êtres humains pour qui les vocables « stock-options », «délocalisations », « parachute doré » ou « dégraissage des unités de productions » ne constituaient pas encore le vocabulaire de base. En cette ère lointaine, les hommes d’affaires possédaient le sens de l’humour et côtoyaient des amis. Sans anachronisme, il était donc possible de réaliser une comédie ayant pour protagonistes un groupe de potes issus de cette sphère sans sombrer dans le drame social. Cette précision s’impose car le titre Association de malfaiteurs aurait pu prêter à confusion et réveiller en chacun de nous cette pulsion naturelle de vouloir pendre le dernier patron avec les boyaux du dernier curé. Mais laissons-là ces considérations… François Cluzel, Christophe Malavoy et deux autres comédiens (qui se sont désormais reconvertis dans la gestion de cours d’art dramatique) interprètent quatre quinquagénaires dont l’activité professionnelle n’a pas fait péricliter la joie de passer du bon temps ensemble. Suite à un quiproquo avec un ancien camarade devenu, lui, vil et malhonnête, Cluzel et Malavoy se retrouvent recherchés par la police. Réfugié chez l’oncle de Malavoy, ils sont contraints de patienter quelques temps au vert. Nostalgique des soirées télés en compagnie de l’élue de son cœur (la belle Claire Nebout), Cluzel craque et la fait venir à la campagne afin de lui tenir compagnie. Une fois les retrouvailles dans les draps achevés, Claire fait mine de s’endormir tendis que Cluzel sort de la pièce (sans doute pour « aller pisser » comme l’a suggéré à l’époque Pierre Bourdieu). Profitant de cette rapide absence, le vieil oncle (interprété par Hubert Deschamps) pénètre sournoisement dans la chambre pour admirer la belle endormie. Revenant dans la pièce, Cluzel (qui avait « sans doute une petite vessie »  d’après l’analyse de Pierre Bourdieu, très impliqué sur ce film), fait sursauter le vieux en lui susurrant à l’oreille « Elle est belle, hein ». Et comme pour le remercier de l’hébergement, il soulève délicatement le drap qui recouvrait Claire, laissant ainsi voir son dos et sa conclusion lunaire au vieil homme pour qui le réveillon de Noël semblera désormais bien fade. Croyant avoir été engagé pour une production pornographique gérontophile, Deschamps entreprend de baisser son pantalon avant que Cluzel ne le rappelle à la dure réalité : « Non, c’est juste pour regarder ». L’instant d’après, Claire Nebout, qui en réalité faisait semblant de dormir (le film va de surprise en surprise), interroge son compagnon dans un sourire : « Il a apprécié au moins ? » Question à laquelle Pierre Bourdieu aurait certainement répondu : « Je préfère me débarrasser des faux enchantements pour pouvoir m’émerveiller des vrais miracles ».

 

 

 

Oeil de faucon

03
août

Arriverderci amore, ciao

Film italien de Michele Soavi. 2006.

A l’aube de la décennie 90, le réalisateur italien Michele Soavi ravissait les amateurs de cinéma horrifique grâce à des films tels que Bloody bird ou Dellamorte dellamore. Fils aîné de Dario Argento, il ne s’est malheureusement pas souvenu par la suite des promesses de son baptême. Considéré comme perdu pour le grand écran, l’homme a végété durant des années dans de médiocres productions télévisuelles. Mais comme on a déjà vu souvent rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux, Soavi s’est rappelé au bon souvenir de ses admirateurs au cours de l’été 2006 avec un film de gangsters ritals dans la plus pure tradition du genre. Son protagoniste, un ancien terroriste d’extrême gauche reconverti dans le crime à finalité pécuniaire, joue du revolver, assassine les gêneurs et embrouille les flics corrompus. Son parcours passe par un bordel glauque le jour, mais plein de très jolies demoiselles toutes nues la nuit. Des clients n’hésitent d’ailleurs pas à sniffer un rail de cocaïne sur le derrière de certaines d’entre elles…

 

 

 

Oeil de faucon

03
juil

Anything Else

Film américain de Woody Allen. 2003.

Pour les amateurs de Woody Allen, parmi lesquels je figure au premier rang, l’homme à lunettes ne possède que peu de défaut. Même un mauvais Woody Allen reste un bon moment. La grande majorité de ses films se laissent revoir avec un plaisir jamais diminué années après années. Même les allergiques au jazz, dont je figure également mais au deuxième rang cette fois, se laisse charmer par cette musique d’ascenseur qui collent parfaitement aux buildings new-yorkais, aux salons de psychanalystes, aux vieux cinémas de quartier et, depuis peu, aux rues de Londres ou de Barcelone. La magie allenienne opère à chaque fois, même quand notre ami refait trois fois le même film pour ceux qui n’auraient pas compris la première tentative. Pourquoi ? Impossible de savoir, c’est un peu le principe de la magie qui n’obéit à aucun critère rationnel. Pourtant Woody possède des handicaps. Avoir réalisé vers le début de sa carrière ce qui est peut-être le plus beau film de l’histoire du 7ème art avec Manhattan, n’étant pas des moindres. Mais comment reprocher quelque chose à un ami si fidèle, qui depuis plus de trente ans revient chaque année avec sa livraison habituelle de phobies, de réparties hilarantes et de turpitudes existentielles. Il existe tout de même un léger bémol que nous pourrions adresser à celui qui a dépassé ses maîtres, mêmes si les cinéphiles intégristes ne lui reconnaîtront ce mérite qu’une fois mort et enterré jusqu’au dents. Quel bémol ? Le réalisateur d’Annie Hall ne filme jamais, mais alors jamais, de fesses dénudées ! La peur d’être hors sujet ne justifie pas tout. La maison close d’Ombres et Brouillard lui en offrait l’occasion, Scarlet Johansson batifolant dans l’herbe avec son amant sur la pelouse dans Match point en était une autre, idem avec la prostituée d’Harry dans tous ses états. Rien que les titres de Comédie Erotique d’une nuit d’été ou Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe auraient dû l’inciter à faire preuve d’un esthétisme plus poussé. D’autant plus que le grand Woody a toujours parsemé ses dialogues de réflexions coquines. Mais de là à déculotter une dame, il y avait un livre de Freud. Avec Anything Else, le cinéaste a failli franchir la ligne blanche. Lors d’une scène dans l’intimité de leur foyer, le jeune couple autour duquel tourne l’histoire, Jason Biggs et Christina Ricci, discute âprement de l’évolution de leur relation. Dans un souci de réalisme, le réalisateur a soigneusement choisi le moindre détail du décor. Les costumes également. Ainsi, alors Jason Biggs est vêtu le plus simplement du monde, la jolie Christina n’a droit, elle, qu’a un simple tee-shirt et une petite culotte. L’habitué des appartements de standing new-yorkais plaidera que ces immeubles sont particulièrement bien chauffés et qu’il est de coutume de s’y déplacer en sous-vêtements. De plus, comme chacun sait, les mâles américains étant bien plus frileux que leurs homologues femelles, il est naturel que le jeune premier, au visage de vieux pote, ne se hâte pas de quitter son habit. Ah qu’il devait être instructif d’être une petite souris de plateau (au sens propre s’entend) le jour où cette séquence a été tournée. J’imagine le réalisateur vieillissant n’ayant toujours pas fait ses adieux à sa libido demandant, en rougissant dès le premier mot, à la petite Ricci si, éventuellement, elle pouvait pour le bien-fondé de l’intrigue apparaître, mais seulement quelques minutes, avec le moins de tissu possible sur la peau. Surpris par tant d’audace, il a vraisemblablement cru bon de bafouiller : « Mais bien entendu, vous garderez vos sous-vêtements, votre tee-shirt, et même votre peignoir si vous préférez ».  L’ancienne pensionnaire de la famille Adams, que sa petite taille prive souvent des rôles de femmes fatales, a dû s’exécuter avec professionnalisme en attendant la suite des consignes. A cet instant, Woody s’est retrouvé face à son destin. L’heure du choix, celui des remords, des regrets ou du renoncement. Il a ouvert la bouche, des mots ont formé des phrases dans son cerveau, le mécanisme intérieur a traité la multitude d’informations que ses émotions contradictoires lui dictaient et, enfin, il a parlé. Il voulait dire, et tout son public avec lui : « Le mieux serait que tu montres tes fesses ». Comment ? Pourquoi ? Ses talents de scénaristes auraient largement suffit à trouver des réponses convaincantes à ces questions. Au pire, son statut d’icône du cinéma indépendant aurait pu lui servir à dénicher une armée de plumitifs susceptibles de réécrire le script pour aller dans ce sens. Mais rien de tout cela n’est arrivé. Au même titre que nous ne saurons jamais ce qui serait advenu si Kennedy n’avait pas été assassiné, l’histoire du cinéma ignorera toujours ce qu’aurait pu être un film de Woody avec valseur au dessert. L’homme n’a pas eu le courage de ses ambitions. Il a détourné le regard, puis s’est résigné : « Enlève tout de même ton peignoir, il n’est pas raccord. » Christina a laissé tomber l’étoffe trop grande pour elle, et s’est trémoussée en petite culotte en récitant un texte absolument génial de créativité. Woody Allen occupera à jamais une place à part au Panthéon du cinéma. Malheureusement, il sera privé du panthéon des amoureux de l’envers du décor.

 

 

Oeil de faucon

03
juil

A nos amours

Film français de Maurice Pialat. 1983.

Il est des circonstances où l’homme, si bien intentionné soit-il, se doit d’obtempérer à des questions qui, bien qu’aléatoires, n’en constituent pas moins le fondement de la pensée humaine. En d’autres termes,  parfois, les fesses féminines, eh bien on s’en tape un peu !  Il est probable que cette révélation faille vaciller certaines convictions les plus solidement encrées, mais cette vérité est pourtant indéniable. Un exemple ? Le cinéma de Pialat.  Dans A nos amours, la débutante Sandrine Bonnaire est souvent dénudée. Pas seulement physiquement. Adolescente, elle fait la connaissance des hommes mais aussi des contraintes, de l’ennui et du vide annoncé de l’existence. Je dis ça, comme je pourrais ne rien dire. Les films de Pialat ne se racontent pas, ils se prennent dans la gueule.

 

 

Oeil de faucon





Bonjour à tous,

Prenant le relais de l’APQPFFF (Association pour le Quota de Fesses Féminines dans les Films) ce blog se veut un florilège de souvenirs de postérieurs rebondis recueillis au fil des aventures du 7ème art. Il n’a d’autre prétention que de réunir la plus belle création divine à la plus admirable invention humaine. En espérant vous revoir régulièrement sur cet écran, veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations les plus distinguées. Oeil de Faucon